Proposition de loi sur l’individualisation de l’AAH (Allocations Adultes Handicapés) : L’indignité en marche

Au cours d’une séance surréaliste ce matin à l’Assemblée nationale, le gouvernement s’est opposé à la deconjugalisation de l’AAH, c’est-à-dire le fait que cette allocation ne prenne plus en compte les revenus du conjoint. Ce qu’il s’est passé ce matin dans l’hémicycle est un véritable scandale, c’est irrespectueux envers les personnes porteuses d’handicap et encore une fois nous avons vécu à l’Assemblée Nationale un moment de pur déni de démocratie !

Dans une obstination bornée, Sophie Cluzel, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, n’a rien voulu entendre alors que l’ensemble des députés d’opposition, de gauche comme de droite, se levaient vent debout contre le blocage gouvernemental dans un grand élan de solidarité, ce consensus est d’ailleurs tellement rare qu’il mérite d’être signalé !
 
Finalement, Sophie Cluzel a choisi d’imposer un vote réservé (c’est-à-dire reporté à un moment choisi par le gouvernement) puis un vote bloqué (c’est-à-dire sans possibilité d’amendement) privant ainsi l’Assemblée de tout débat, et empêchant définitivement la déconjugalisation de l’AAH.
 
Au final, c’est le texte de la commission, qui annule celui du Sénat, qui est adopté par un vote bloqué. La déconjugalisation de l’AAH n’est donc pas adoptée, le gouvernement et sa majorité refusant ainsi toute dignité aux personnes handicapées en couple qui devront continuer à dépendre de leur conjoint.
Le « pompon » fut tout de même l’argument de la ministre prétextant que les logiciels ne seraient pas en mesure de gérer informatiquement cette disposition !
 
Je m’étais personnellement engagée en faveur de cette avancée, le Sénat s’était déjà prononcé en faveur de ce texte porté par le groupe «Gauche Démocratique et Républicaine », je m’associe à mon collègue André Chassaigne, qui a qualifié ces manœuvres « d’atteintes graves à la démocratie parlementaire ». Et j’ai décidé, avec mes collègues, de quitter l’hémicycle en signe de protestation, laissant LREM décider seul, puisque c’est ainsi que tout se décide depuis le début du quinquennat.
 
De quoi parle t’on : Cette déconjugalisation représenterait un avantage pour les personnes handicapées. Aujourd’hui, à partir de 2 000 euros de revenus pour le conjoint, il n’y a plus de droit à l’AAH, ce qui place les personnes en situation d’handicap dans une relation de dépendance au sein du couple. Certain allant même jusqu’à éviter de se marier pour conserver leur allocation propre.
 
L’ensemble des associations est favorable à cette déconjugalisation qui est une simple et une évidente justice sociale afin qu’une personne handicapée soit totalement et réellement autonome, ce que notre société doit à chacune d’entre elle.
 
Selon Aristote, « Il n’est pas de pire injustice que de traiter également des choses inégales « , l’argument du gouvernement disant qu’il ne s’agirait que d’un minimum social n’est ni convaincant ni recevable. En effet, l’AAH est une prestation qui compense un éloignement de l’emploi imputable au handicap, ce qui est d’ailleurs le sens des critères exigés des personnes dont le taux d’incapacité est compris entre 50 et 80%.
 
Ainsi si l’AAH compense quelque chose propre à la personne, comment indexer son montant sur des variables qui lui sont exogènes ? D’ailleurs les décisions récentes de la majorité de retirer l’AAH du chantier relatif au revenu universel d’activité et de créer une nouvelle branche de sécurité sociale consacrée au soutien à l’autonomie, confirme que l’AAH est bien plus une prestation de compensation qu’un minimum social.
 
Par ailleurs, l’individualisation de l’AAH est une demande sociétale forte, comme l’a montré le recueil des 100.000 signatures, seuil requis pour saisir la Conférence des présidents du Sénat, et qui est également une demande unanime des associations.
 
Quel mépris pour les 12 millions de Français en situation de handicap, quel mépris pour les Français de la part de la majorité et ses représentants qui, en même temps qu’ils demandent d’aller massivement voter dimanche, nous empêche de voter démocratiquement à l’Assemblée Nationale.
 
Comme pour le texte de loi sur le congé pour deuil d’enfants, l’hégémonie du gouvernement et la docilité du groupe En Marche les mènent à l’indignité la plus scandaleuse et, ce qui n’est pas moins grave, enlèvent au parlement ses derniers pouvoirs.